Medecin face à l’avortement

Ils sont de plus en plus nombreux à refuser de pratiquer des avortements. Le Docteur Patrick de Saint Louvent est médecin interniste retraité et ancien journaliste médical, il était aussi jeune interne au moment du vote de la loi Veil. Extrait de son témoignage dans L’Homme nouveau :

[…] J’étais jeune interne après avoir été externe à l’hôpital Beaujon dans le service de chirurgie du Professeur Jean Louis Lortat-Jacob et, parmi les arguments contre le vote de la loi, figurait le refus attendu des médecins d’appliquer cette loi. Le Professeur Lortat-Jacob était, comme la majorité de ses confrères, opposé à l’avortement comme à l’euthanasie au nom du respect de la vie, « de la conception jusqu’à la mort naturelle ». Président du Conseil national de l’Ordre des médecins, il avait, à ce tire, rencontré Madame Veil et lui avait tenu ces propos qu’il nous a rapportés :

« Madame le Ministre, les médecins ne sauraient accomplir ce geste que vous leur demandez. Vous serez contrainte de constituer un corps spécifique d’avorteurs, dans des locaux dédiés, des avortoirs ».

Il était convaincu en prononçant ces mots qu’aucun de ses confrères, a fortiori ses élèves, engagés par le serment d’Hippocrate,« … je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif », n’accepterait jamais d’êtres complices d’un homicide. Dans le même temps, l’Église de France n’avait pas encore l’attitude qu’elle a aujourd’hui d’admirable fermeté dans le respect de la vie.

Madame Veil aurait ainsi elle-même déclaré que si les médecins, les évêques et les prêtres avaient défilé en tête d’une manifestation nationale, le vote n’aurait pas été le même.

Ainsi une fissure dans l’avortement est apparue 45 ans après l’annonce d’une folle espérance. Pourquoi tant de médecins acceptent-ils de pratiquer des avortements ? Les médecins français ne sont pas un corps social particulier, ils ont le sentiment de répondre à une détresse pour laquelle le seul remède possible est la suppression de l’objet de la détresse. Reste que le refus d’un nombre suffisant de médecins est le meilleur argument pour faire comprendre la gravité de l’avortement et en limiter le nombre. Pourquoi l’Italie qui dispose d’une loi depuis 1978 voit-elle diminuer régulièrement le nombre d’avortements, sinon par la volonté de 7 médecins sur 10, et 90 % en Sicile, de pratiquer des avortements ? L’Allemagne, elle, a réduit le nombre d’avortements de 23 % entre 2004 et 2014. […]

L’impossibilité de pratiquer des avortements pendant 9 mois dans un hôpital de la Sarthe, en raison du refus de quatre médecins et d’un départ à la retraite, lève le voile sur les difficultés rencontrées dans de nombreux hôpitaux depuis plusieurs années, conduisant à augmenter la rémunération des médecins pour les attirer, et à remettre en cause la clause de conscience des médecins, même si le processus n’a pas encore abouti. […]

Source : salon beige

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